A propos de la guerre

Erasme (1469-1536) dans "L’Institution du prince chrétien" (1516)
lundi 7 avril 2008
par  K.S.
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Lettre à Antoine de Berghes (14 mars 1514)

Demande-toi, je te prie, par qui elle est faite : par des meurtriers, des criminels, par des joueurs, par des corrupteurs, par les plus sordides des soldats loués, pour qui la vie est moins précieuse qu’un misérable gain. Ces gens-là sont au mieux dans la guerre parce qu’ils font pour de l’argent ce qu’ils faisaient auparavant à leurs risques et périls, et qu’ils en sont loués. Cette lie de l’humanité, pour faire la guerre, il faut la laisser entrer dans les campagnes et dans les villes. Il faut se mettre à son service, alors que nous voulons tirer vengeance d’un autre.

Ajoute à présent tous les crimes qui se commettent sous prétexte de guerre, tandis que les bonnes lois restent silencieuses dans le fracas des armes : combien de pillages, combien de sacrilèges, combien d’enlèvements, combien d’autres hontes, que l’on rougit même de nommer. Cette corruption des mœurs se prolonge nécessairement pendant de nombreuses années, même quand la guerre est finie.

Calcule-moi à présent les dépenses, telles que, même si tu es vainqueur, il y aura beaucoup plus de dommage que de profit. Et quel royaume, à ton estimation, vaudrait la vie et le sang de tant de milliers d’hommes ? De plus, la grande partie des souffrances incombe à ceux que la guerre ne concerne en rien, alors que les avantages de la paix s’étendent sur tous : bien souvent, dans la guerre, le vainqueur même doit pleurer. Elle entraîne avec elle une telle troupe de maux que les poètes ont eu raison de la représenter amenée des enfers par les Furies ; sans que je doive rappeler les populations dépouillées, les collusions entre les chefs, les situations bouleversées, qui ne se rétablissent jamais sans d’immenses préjudices. Si c’est l’appétit de la gloire qui nous entraîne à la guerre, ce n’est pas elle que nous saisirons, surtout à force de crimes. Et, s’il s’agit de dire où réside la gloire, il est bien plus glorieux de fonder des cités que d’en anéantir. Tandis que le petit peuple édifie et entretient les villes, la folie des princes les renverse. Si c’est l’espoir du gain qui nous mène, aucune guerre ne se termine si heureusement qu’elle n’amène plus de mal que de bien. Et nul ne nuit à son ennemi sans avoir d’abord beaucoup nui aux siens[…]

Si tu y regardes de plus près, les raisons qui font entreprendre une guerre résident le plus souvent dans les intérêts personnels des princes. Je te le demande, trouves-tu humain que l’univers doive prendre les armes chaque fois que tel ou tel prince se met en colère contre un autre – ou peut-être simule la colère ?


Brèves

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Dans l’édition du 8 octobre 2014, (...)