Les religions meurtrières

Par Elie Barnavi
samedi 5 janvier 2008
par  K.S.
popularité : 12%

Elie Barnavi part d’une idée générale, selon laquelle, « rançon de cette laïcité à la française », les occidentaux ignoreraient « à peu près tout » de la religion. Perception qui nous semble très contestable, car elle mésestime la persistance du religieux, dont certains rationalistes prédisaient la disparition, et la puissance de groupes de pression comme d’églises émergentes. Voir notamment aux Etats-Unis d’Amérique, ou en Europe centrale. Quant à la France, nous pouvons faire confiance à son président pour remettre au premier plan ses racines chrétiennes.

L’ensemble du livre s’adresse au lecteur dans un dialogue familier en exposant neuf « thèses » :

D’abord, « Religion est un mot valise. » Certes, en effet « ce terme vague et commode recouvre des croyances et des mythes, des pratiques et des institutions, des textes et des traditions, des lieux et des itinéraires, la violence du sacrifice et la consolation de la prière, la fraternité des fidèles et la guerre contre l’infidèle, des figures de dieux et de saints, de héros et de vilains." Ensuite, dans la plupart des sociétés, « Toute religion est politique. » Religion et autorité se confondent, et l’individu se met au ban de la société s’il s’exclut de la religion, qui définit deux mondes séparés : « nous » et « les autres », les infidèles, qu’il convient de convertir ou combattre. Un projet divin « fonde l’équilibre de l’univers. C’est là que la religion puise sa force coercitive, c’est pour cela qu’elle est irrésistible. Résister à l’ordre social, c’est résister aux dieux. » Comment ne pas être d’accord ?
De même pour les propositions suivantes « Le fondamentalisme est une lecture particulière de la religion », « Le fondamentalisme révolutionnaire est une lecture totalitaire de la religion » et « Les religions révélées connaissent plus que d’autres la tentation du fondamentalisme révolutionnaire ». Et l’auteur de remarquer « Les Ecritures sont des auberges espagnoles, on y vient avec ce qu’on a et l’on y trouve ce qu’on veut. […] N’en déplaise aux fondamentalistes, eux-mêmes interprètent les textes, ne serait-ce que par les choix qu’ils y opèrent. »

Mais peut-on partager l’optimisme d’Elie Barnavi selon qui « l’Occident, et lui seul, (ayant) échappé au monisme juif et musulman », « Le fondamentalisme révolutionnaire chrétien est parti battu. » « Le bonheur de l’Occident, ce fut la laïcité » dit-il. Belle pensée, mais…

Dans sa 7ème thèse, « La chance du fondamentalisme révolutionnaire juif a été l’Etat, sa perte aussi » Elie Barnavi, par ailleurs auteur d’ « Une histoire moderne d’Israël », nous livre une vision assez nuancée. Au sujet d’un « peuple privé d’Etat, donc d’existence nationale » il note que « Subir l’histoire plutôt que la faire ne présente pas que des inconvénients. On est souvent victime, mais jamais bourreau. » Ce qui nous amène, tout naturellement, proximité géopolitique oblige, au monde musulman, et à la 8ème proposition : « L’islamisme est aujourd’hui la forme la plus nocive du fondamentalisme révolutionnaire. »
A cela, des raisons historiques et idéologiques. En islam, le pouvoir politique a pour mission d’appliquer une loi qui le dépasse, parce que d’inspiration divine. Que ce pouvoir soit despotique, corrompu, et les fondamentalistes revendiquent la légitimité de la remise en ordre de la société, de l’Etat, de l’ensemble du monde. Les moyens d’action varient selon le terrain : grignotage, infiltration, et/ou usage de la violence. Certains se présentent comme les nouveaux défenseurs des damnés de la terre, anti-impérialistes, anti-mondialistes, ce qui peut leur amener des sympathies à gauche, malgré leur attitude vis-à-vis des femmes.
Autre problème le déracinement de beaucoup de prosélytes, dont la religion devient la seule identité (voir à ce sujet « Les identités meurtrières » d’Amin Maalouf, à qui rend hommage Elie Barnavi). L’islam étant dépourvue de hiérarchie centralisée, « n’importe quel ouléma peut proclamer la guerre sainte, voire n’importe qui. »

Selon la dernière thèse, « Le combat contre le fondamentalisme révolutionnaire musulman est la grande affaire du XXIème siècle. »

Abordant les nombreuses difficultés d’intégration dans les sociétés occidentales, les ambiguïtés ou les naïvetés du multiculturalisme, l’auteur remarque justement que « la tâche de socialisation que l’Etat est incapable d’accomplir, c’est l’islamisme qui s’en charge. » Quelques règles simples devraient prévaloir en république : « Ici, on ne bat pas sa femme, on n’excise pas sa fille, on ne tue pas sa sœur sous prétexte qu’elle a souillé l’honneur de la famille en refusant le mari qu’on voulait lui imposer. Ici, la conscience est autonome et la religion relève du libre choix de l’individu. Ici, on ne tolère aucune manifestation de sectarisme religieux, les prêches haineux sont proscrits, l’incitation à la violence est interdite par la loi. » Contre la montée des communautarismes, réhabiliter l’héritage des Lumières, pour éviter d’avoir à vivre « dans un monde où la politique se réduirait à un affrontement entre fascistes islamistes et fascistes tout court ».


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