Babyloup et la laïcité

mercredi 22 mai 2013
par  K.S.
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Au départ, il s’agissait, comme le rappelait sur la 5 le Magazine de la Santé dans son « in vivo » du 22 au 26 avril dernier, de permettre à des mères isolées de travailler au lieu de se retrouver enfermées à la maison et dans la pauvreté. Le projet était issu de la demande de ces femmes, qui l’avaient élaboré avec l’équipe : offrir à leur(s) enfant(s) un milieu favorable à leur épanouissement grâce au "vivre ensemble" dans l’égalité. Favoriser l’insertion professionnelle et l’autonomie de leurs mères, en leur proposant entre autres des formations aux métiers de la Petite enfance, et leur ouvrir ainsi des perspectives positives.

Comme le soulignait la directrice Natalia Baleato, dès le début ce "vivre ensemble", la crèche, située à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines, accueillant des enfants de 54 nationalités différentes, impliquait une éducation respectueuse de tous, car dispensée par un encadrement soucieux d’universalité. D’où évidemment la nécessité d’une totale neutralité vis-à-vis des croyances religieuses, observée dans l’exercice de la tâche éducative. Il n’y eut pas de grandes déclarations de principes sur la laïcité, mais une mise en pratique effective. En somme, tout le contraire de ce qui se passe dans l’ensemble de cette chère république censée être laïque, et qui ne cesse par des concessions de toutes sortes, de réduire à presque rien la réalité du principe constitutionnel.

Ouverte 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, cette crèche est une des rares à permettre aux mères élevant seules leur(s) enfant(s), d’accepter un travail hors des horaires classiques. Par ailleurs, avec beaucoup de souplesse, la structure accueille les fratries, jusqu’à l’âge de 10 ans lors de difficultés particulières. Diverses activités sont proposées aux enfants qui sont réunis au moment des repas, où tout se partage, donc pas de tables séparées pour raison d’observance confessionnelle.

Or, profitant sans doute de l’exceptionnelle convivialité de Babyloup, une employée, après un congé parental de cinq ans, revient voilée et s’obstine dans sa négation du fonctionnement ouvert et universaliste de la crèche, qu’elle connaissait bien pour en être la directrice adjointe. Licenciée en 2008, elle a intenté un procès à la structure, procès gagné par Babyloup d’abord au Conseil de prud’hommes puis auprès de la Cour d’appel de Versailles. Hélas, la Cour de Cassation a annulé ce licenciement [1] :

« En France, sous certaines conditions, on a le droit de créer une entreprise à caractère confessionnel, mais on n’a pas le droit, sous les mêmes conditions, de créer une entreprise qui entend faire valoir le principe de neutralité religieuse en son sein. Voilà ce que nous apprend l’arrêt de la Cour de cassation. Un petit enfant a le droit, dans une crèche privée, d’être soumis à des manifestations religieuses de la part du personnel, mais ses parents n’ont pas le droit de réclamer la neutralité pour lui, mieux : ils n’ont même pas la possibilité de trouver une crèche privée qui par son règlement le mettrait à l’abri de ces manifestations. Plus généralement, un croyant voit ses droits à la manifestation religieuse respectés au sein de son entreprise, mais un non-croyant a le devoir de subir ces manifestations sans pouvoir obtenir un moment et un lieu de retrait où il en serait préservé. La liberté de conscience se restreindrait-elle à la liberté religieuse ? »

On pourra trouver de plus amples précisions sur les "attendus" de la cour de Cassation sur http://www.mezetulle.net/article-af....

Dans un article du 29 mars 2013 sur http://blogs.mediapart.fr/edition/l... Henri Pena Ruiz souligne :

« Nul ne peut se mettre en avant au détriment de sa responsabilité sociale, du savoir-vivre civique, de la simple civilité qui veut qu’on n’inflige pas à autrui une symbolique partisane. D’autant qu’il existe d’autres lieux pour afficher librement son appartenance sans que cela pose problème. En tant que professeur, j’ai toujours trouvé très logique de respecter une discrétion minimale dans mes classes, et je n’ai jamais jugé que cela portait atteinte à ma liberté. La déontologie laïque est essentielle dans des institutions où la meilleure façon d’assurer la concorde de tous est d’éviter toute manifestation partisane. »

Et plus loin :

« La capacité d’intégration d’une institution de la petite enfance, au regard d’une grande diversité d’origines des familles, n’est-elle pas une raison suffisante pour que les personnes chargées de l’accueil et de l’encadrement respectent par leur tenue vestimentaire la neutralité ?
Pour s’en convaincre, elles peuvent faire un petit raisonnement tout simple. Si elles sont croyantes, accepteraient-elles que leurs propres enfants soient encadrés par une personne qui afficherait une conviction rigoureusement opposée à la leur, par exemple, qu’un éducateur les prenne en charge vêtu d’un tee-shirt portant la mention “ Ni Dieu ni maître ” ? »

Ainsi, Babyloup est devenue le symbole d’une certaine idée de l’émancipation des femmes, et de la laïcité.
Luce Dupraz, qui a retracé l’histoire de la crèche dans son livre, Baby Loup, histoire d’un combat (Erès, 2012) note que vers la fin des années 90, « une islamisation rampante gagne le quartier. Depuis 2005-2006, des salafistes marocains et turcs, formés en France ou en Arabie saoudite, prêcheraient un retour aux valeurs fondamentales de l’islam ».

Un article de Marianne donne des informations alarmantes [2] :

« A Baby Loup, le personnel est sous pression, et toutes celles qui acceptent de raconter les difficultés qu’elles rencontrent au quotidien le font sous couvert d’anonymat. Coups de fil anonymes, pneus crevés, signes menaçants..., les attaques ne sont jamais physiques ; elles interviennent par périodes, puis plus rien pendant des semaines. Une véritable guerre des nerfs. « Je fais toujours le tour de ma voiture pour vérifier qu’il n’y a pas un pneu crevé », confie une employée.

Une autre raconte qu’un jour elle a retrouvé toutes les portières de sa voiture grandes ouvertes. Trois jours après, même scénario. Un autre soir, ce sont trois hommes encagoulés qui lui ont barré le chemin. Ils n’ont pas bougé, pas dit un mot, la jeune femme les a dépassés, terrorisée. « J’ai déjà entendu des phrases comme "C’est fini, vous êtes morte", lancées sur mon passage », affirme-t-elle. »

Et le déménagement de la crèche est sérieusement envisagé.

SKS


[1Voir : http://www.mediapart.fr/journal/fra....

Comme le fait remarquer Catherine Kintzler [[Article complet sur http://blogs.mediapart.fr/blog/chri....


Brèves

24 juillet 2013 - Jacques Prévert :

"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

24 mai 2013 - Religion modérée...

"Une religion est modérée lorsqu’elle n’a pas de bras armé ; ou quand elle cesse d’y recourir. Ou (...)

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