Baby Loup : "La laïcité n’était pas la fossoyeuse de la liberté"

samedi 5 octobre 2013
par  K.S.
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Un ami internaute nous signale la parution sur Le Monde du 27.09.2013 (http://www.lemonde.fr/idees/article...) d’un article de Natalia Baleato, directrice de la crèche Baby-Loup en 1991, relatant les divers évènements qui vont entraîner le départ de la structure sur une commune voisine. [1]

N’étant pas sûrs que l’article reste accessible, nous le proposons en version pdf ci-dessous. Les plus pressés de nos visiteurs pourront apprécier les paragraphes suivants :

« LA LAÏCITÉ N’ÉTAIT PAS LA FOSSOYEUSE DE LA LIBERTÉ

L’atmosphère locale délétère qui s’est depuis installée constitue un fracassant retour en arrière par rapport aux origines du projet, qui se proposait à la fin des années 1980, avec la pleine adhésion du quartier, de créer un service inédit permettant à plus d’une cinquantaine de nationalités différentes de vivre ensemble. A l’époque, c’était le désir de réussir collectivement, et non la tentation communautaire, qui se promettait de tout emporter. Nous voyions tous en la neutralité un concept de pacification, capable, en créant un espace particulier, de ne pas fixer chacun dans une identité préjugée dont la xénophobie définit le cadre et recueille toujours les fruits.

Il nous semblait déjà évident que la construction de la singularité de chacun ne peut passer que par un espace qui implique un écart avec les caractères qu’on tient mécaniquement à vous assigner, et que seule la neutralité peut garantir à l’individu qu’il ne sera pas prisonnier de l’environnement duquel il vient et dans lequel la pression sociale tend à le maintenir ; a fortiori pour un enfant, qui ne s’est pas encore forgé de protection contre les diverses formes de prosélytisme et de dogmatisme.

Telle que nous l’envisagions, la laïcité n’était donc pas la fossoyeuse de la liberté, comme on aime à nous le sermonner, mais bien au contraire l’une de ses conditions les plus indispensables.

Dans les structures petite enfance qui nous occupent, elle pouvait se définir simplement comme le droit pour chaque enfant de façonner par soi-même son esprit, afin que, plus tard, il puisse exercer son libre arbitre et se reconnaître dans telles ou telles croyances, telles ou telles philosophies, après avoir patiemment parcouru, encore une fois par lui-même, la diversité des choix qui s’offrent à lui.

APPRENDRE ENSEMBLE

Doit-on rappeler que le rejet du principe féodal selon lequel l’identité est définie dès la naissance est au fondement même de la démocratie moderne ? Jusqu’au début des années 2000, ce n’était pas nécessaire : les revendications religieuses s’étaient toujours inclinées devant la défense du bien-être collectif des enfants. Manger ensemble, apprendre ensemble, jouer ensemble a toujours eu plus de valeur que la confusion forcée de l’intime et du commun.

Toutefois, cette vision de l’intérêt général a peu à peu glissé, de manière indolore mais en toute cohérence avec de nouvelles méthodes de gestion politique en banlieue, vers une promotion au lobbying minoritaire, mouture la plus contemporaine des clientélismes immémoriaux. On nous a donc naturellement suggéré d’acheter la paix sociale à coups d’indemnités de départ généreuses, comme tous ceux qui sont confrontés à des problèmes analogues de "cohabitation".

On nous a fait comprendre que nos valeurs ne pouvaient plus avoir cours dans un temps où l’éthique minimale qui permet le vivre-ensemble, vers lequel on préfère tendre, fait chaque jour l’objet de trocs secrets. Avons-nous eu tort de refuser de ne pas faire de vagues, si cela impliquait de détourner le regard des problèmes qui minent tous les jours les expériences d’intérêt général à but non lucratif semblables à la nôtre ? »

Et cette conclusion :

« Quel que soit le résultat de l’entreprise de sauvegarde que nous envisageons actuellement, non sans difficultés, sur la commune voisine de Conflans-Sainte-Honorine, une chose est désormais sûre : après La Poste, la Caisse d’allocations familiales ou la police, ces services publics tous partis de la cité ou condamnés au dysfonctionnement, Baby-Loup éteindra elle aussi la lumière, à deux pas de la place des Poètes de ce quartier de la Noé qui l’a vue naître, où les visages de Baudelaire et Rimbaud peints en trompe-l’oeil sur un mur du quartier semblent plus que jamais traversés de crispation et de doute... N’y voyez ni fuite ni capitulation : simplement l’épuisement des derniers résistants, ou presque, qu’une enclave attendait de voir déguerpir. »



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