« On ne peut pas vivre sans mourir »

samedi 2 février 2008
par  K.S.
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Le Journal de l’A.D.M.D. [1] n° 106 (1er trimestre, février 2008) publie dans sa rubrique « Commission jeunes » un article d’Arnaud Taillard intitulé « On ne peut pas vivre sans mourir » dont voici quelques extraits :

« [… ] Avoir peur de la mort est idiot. Avoir peur d’un fait qui arrivera est idiot. On craint ce qui pourrait arriver. On ne doit pas craindre de qui va arriver. […]

Pour ma part, je sais que ma vie ne tient qu’aux réactions chimiques qui régissent mes organes, qu’à cet instant même je peux être victime d’une rupture d’anévrisme. […] Le jour où cela sera, je souhaite que ce soit propre et sans bavure. Le problème, c’est qu’il en est rarement ainsi.

Déchéances dues à la maladie, à l’extrême vieillesse, aux accidents de la vie. On reste parfois entre la vie et la mort des heures, des jours, des années.

[…] La loi m’autorise à refuser l’acharnement thérapeutique déraisonnable, la survie artificielle, pour toute raison valable ou non (respect de ma dignité, volonté de ne pas être une charge pour mes proches, la société) ; je me dois de le faire « sain de corps et d’esprit » et de façon réitérée. Pas simple à faire et à envisager c’est vrai. Trop de cas sont envisageables. Il faut tout de même juger par avance, eh bien soit. Aveugle, je souhaite vivre. Sourd, je ne pense pas. Paralytique, je n’arrive pas à me décider. Cancéreux, sidéen, tuberculeux, syphilitique, lépreux, chauve, myope, vieux, à partir d’où est l’inacceptable ? Comment juger aujourd’hui ? Chacun a une opinion. La respecter n’est-il pas le plus important ? Chacun voit où sont ses propres limites par rapport à ces pertes d’autonomie, à sa capacité à se sentir encore digne, à se sentir vouloir encore vivre.

[…] La grande question est : que deviennent mon avis, mes croyances, ma volonté une fois dans les mains de ceux à qui la société a demandé de me maintenir en bonne santé ? […] Ce que je vais considérer comme inacceptable pour moi n’est-il pas un quotidien bien banal pour d’autres et en particulier ces personnels soignants ?

Au mieux, on me laisse mourir de faim sous sédatifs. […] Si je refuse les traitements anti-cancers qui vont m’accompagner face aux souffrances physiques et morales, qui va m’aider à organiser mon départ et si je le veux, mon suicide ? […]

[*On trouve normal de faire des contrats obsèques, pourquoi pas des contrats décès ?*]

Ne pas oublier que la mort est plus forte que tout au final ; aller la combattre, c’est se retrouver à chevaucher avec Sancho Panza. Il vaut peut-être mieux l’apprivoiser. »

image : chantsdeluttes.free.fr

Personnellement, j’ajouterai que les pouvoirs étatiques, qui exercent tous les droits sur les individus, tant sur le plan mental que physique, n’hésitent pas quand cela leur sied, à mettre des vies en péril (guerres, pollutions, etc.) sans que s’y opposent, à quelques exceptions près, les institutions religieuses. Mais, au nom de l’obéissance à leur dieu et du respect de la vie, les Eglises condamnent pour l’ensemble de la société, et pas seulement pour leurs coreligionnaires, le droit à disposer de soi-même, qu’il s’agisse de l’interruption volontaire de grossesse, de la contraception, et du droit de mourir dans la dignité lequel implique, selon les cas, le refus des soins, le suicide assisté, et même l’euthanasie. Sur ce dernier point, les horreurs nazies ne doivent pas faire oublier la signification première du mot : bonne mort. Et peut-il y avoir bonne mort, sereine et sans souffrances, dans l’exercice de l’acharnement thérapeutique et la vie artificielle, non consentis par le malade ?
Enfin, puisque les autorités ecclésiastiques tiennent tant au respect de la vie, que font-elles pour empêcher les guerres, les massacres, dont beaucoup se font au nom d’un dieu ?

S.K.


[1Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité


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