"Subvertir la pédagogie"

vendredi 9 mai 2014
par  K.S.
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"Subvertir la pédagogie"

Tel est le titre d’un numéro exceptionnel de "N’Autre école" réalisé à partir des rencontres des 30 et 31 janvier 2014 à Créteil, lors d’un stage sur les subversions de la pédagogie [1]

Il nous a semblé utile de relier à cette information deux textes :

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Le choix possible à tous d’une école alternative : une question de bon sens

par Bernard Collot [2]

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Réussite

par Lionel Cayet, enseignant à la retraite et toujours passionné par son métier.

Le choix possible à tous d’une école alternative : une question de bon sens

Oui, l’appel pour la présence d’une autre approche éducative dans l’école publique, accessible à tous et partout, n’est que du bon sens qui ne lèse personne et surtout pas l’école publique.

Nous entendons bien celles et ceux (essentiellement des enseignants) qui voudraient que tous les enfants et adolescents reçoivent le même enseignement de la même façon, pensant que c’est un principe d’égalité. Suivant le bord du côté où ils se trouvent ce serait une école qui tendrait à intégrer quelques principes des pédagogies modernes ou au contraire qui tendrait à accentuer ceux de la pédagogie traditionnelle, les uns et les autres y ajoutant des touches plus ou moins grandes de technologies qui ne changent rien au fond.

Lorsque nous parlons des deux approches, il s’agit bien de deux conceptions différente, voire opposées, et de l’acte éducatif (donc des apprentissages) et de l’école dans son fonctionnement et sa globalité et non pas de méthodes qui pourraient s’intégrer, se mélanger dans l’une ou dans l’autre.

L’unanimité n’est pas prête de se faire et on constate bien depuis des décennies que l’école n’arrive pas à prendre une direction et que les positions de chacun ne changent pas.

Cette école identique pour tous que certains ne veulent pas abandonner, ce n’est pas celle d’une Nation mais celle d’un État.
Depuis l’instauration de l’école publique, les gouvernants, quels qu’ils soient, n’ont jamais vraiment caché la finalité réelle qu’ils attribuaient à l’école en utilisant ce qui n’est que leur instrument et pas celui de la Nation : l’État. Ce qu’ils demandaient qu’il y soit fait, le comment ce devait être fait, a toujours été guidé non pas par l’intérêt des enfants mais par l’intérêt du type de société qu’ils défendaient. La réussite de l’école coréenne, c’est l’adaptation parfaite des adultes qui en sortent à la société de marché, de compétition qui prévaut, peu importe ce que cela implique pour les enfants et les adolescents. L’école de l’Union soviétique faisait la même chose pour un autre type d’adaptation obligatoire. Que les pouvoirs basculent dans les mains d’un pouvoir encore plus extrémiste, il n’y a aucun doute qu’il se servira lui aussi de l’école identique pour tous. Il y a pléthore d’analyses et de dénonciations de l’école d’État.

Suite à découvrir sur http://www.questionsdeclasses.org/?....

Réussite

Réussite : il faudrait d’abord mesurer la portée sémantique et morale de ce terme auquel on oppose classiquement son contraire : l’échec. Je ne le ferai pas ici, cela viendra ailleurs. Je m’y réfère parce que j’ai sursauté dernièrement à une déclaration banale reprise dans les médias du nouveau ministre français de l’éducation, une déclaration que j’ai trouvée pathétique.

"Nous allons travailler à la réussite de tous les élèves", a-t-il dit.
Soit la sempiternelle antienne de tous les gouvernements, droite et gauche confondus depuis des décennies. Ainsi les éboueurs ont-ils réussi à devenir éboueurs et on leur concède une grande utilité car sans eux la vie serait pestilentielle. De même ces travailleurs pauvres (working poors) dont certains n’arrivant pas à payer un loyer prohibitif sont SDF. Ah oui mais ils ont tout de même un petit "pouvoir d’achat" leur permettant de s’alimenter en produits bas de gamme bourrés de pesticides et de colorants dans les hard-discount, sinon ils peuvent aussi aller aux "restaurants du cœur"’. Ils sont même peut-être propriétaires d’une tente Quechua sur un coin de trottoir.

Par ailleurs les médias de grande écoute le redisent parfois : des emplois vacants ne trouvent pas preneurs. Ainsi en chaudronnerie, une compétence requise et recherchée dans une industrie de pointe, le nucléaire, pour la fabrication des cuves des réacteurs. J’ai même entendu dire sur France Inter qu’il y a des emplois non pourvus à Pôle Emploi. Quel beau métier plein d’avenir que de s’occuper des chômeurs !

L’actuel président, un homme débonnaire, chargé de mission par les banques et la haute finance "son ennemi" ! [3], et qui ne se représentera probablement pas en 2017, ne parvenant pas à "inverser la courbe du chômage", a déjà adoubé un jeune et talentueux successeur que la haute finance consacrera. Et la démocratie (les zélecteurs et les zabstentionnistes) pourraient faire le reste !

Alors les petits français peuvent y croire. Des gens sérieux travaillent à leur réussite.

A commencer par les enseignants qui sont de merveilleux formateurs formatés, reconvertis malgré eux en hussards noirs du capitalisme triomphant. Ils sont et s’estiment avant tout transmetteurs de savoirs et de valeurs, ces valeurs morales dont Mouna [4] se demandait quand elles seraient cotées en bourse, tout en brocardant la société "caca-pipi-taliste".

Quant aux nouveaux professeurs ils seront désormais formés (et formatés) dans les ESPE : les Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation, selon une innovation langagière qu’il faut peut-être attribuer au précédent ministre, le sémillant Vincent Peillon ou à un de ces "hauts" fonctionnaires du 110 rue de Grenelle.Des écoles de l’éducation, quel joli pléonasme en tout cas ! Notez bien qu’elles sont "supérieures" comme ces instituts qui le sont à l’instar du vin de Bordeaux lorsqu’il est supérieur à la bibine. Ces ESPE faisant suite aux très attendus puis décriés au fil des ans IUFM, Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, une appellation qui a fait long feu et qui ne manquait pourtant pas de sérieux ; universitaire, maître : deux mots qui façonnent une société. Mais ces IUFM avaient eux-mêmes un antique précédent, une institution ancestrale initiée à la fin du 18e siècle : les Écoles Normales d’Instituteurs et d’Institutrices, à une époque où le cloisonnement des sexes était une vertu éducative et où on ne se posait pas les questions de genre.

Ces Écoles Normales dites primaires par opposition à celle de la rue d’Ulm qui était, qui est toujours, supérieure (comme le Bordeaux) accueillaient des jeunes gens d’origine souvent très modeste qui y entraient sur concours. L’État leur offrait ainsi l’enseignement mais aussi le gîte et le couvert, forts médiocres selon ma propre expérience (dans des internats séparés et distants, au chef-lieu de département) pendant 4 ans au terme desquels ils étaient consacrés instituteurs ou institutrices.

Un instituteur justement, étant parvenu à convaincre mes parents de m’imaginer un autre destin que celui d’apprenti boulanger ou charcutier, je réussis le concours d’entrée à l’École Normale d’Instituteurs d’Arras (Pas-de-Calais) en 1962. J’obtins une formation complémentaire à celle de Lille (Nord) et fus nommé "maître de CEG" (Collège d’Enseignement Général) en 1967 à l’âge de 21 ans, chargé d’enseigner le français, l’histoire et la géographie à des classes déjà pléthoriques d’un petit collège du pays minier à AVION (Pas-de-Calais), un endroit que je parvins à fuir 2 ans plus tard. Suivirent les tribulations de ce qu’on appelle une "carrière".

En fait j’étais entré dans cet univers dès l’âge de 4 ans lorsqu’on me conduisit à l’école dite "maternelle" et que je m’en échappai 8 jours de suite et je ne parvins à en sortir définitivement que 54 ans plus tard lorsque je pus enfin jouir de ce qu’il est convenu d’appeler la retraite ! Et si j’ai pu survivre 54 ans dans cette fichue institution en tant qu’élève puis élève-maître (c’’était la dénomination officielle du normalien primaire), c’est du fait qu’elle n’est jamais parvenue à me normaliser, essentiellement parce que je ne l’ai jamais prise au sérieux. Elle n’en manque pourtant pas de gens sérieux cette noble et vénérable institution, à tous les échelons de sa pitoyable hiérarchie.

J’estime cependant avoir quand même vécu un bon demi siècle dans une forme d’aliénation pour pouvoir survivre tout simplement.
Alors la retraite aujourd’hui je l’envisage d’abord pour moi-même mais aussi pour quiconque n’est pas né de la cuisse de Jupiter comme un temps possible pour la désaliénation [5]. Encore faut-il être conscient de son aliénation [6], sauf à s’en être satisfait toute une vie durant et avoir été un adepte de la servitude volontaire [cf Étienne de la Boétie [7] et son Discours de la servitude volontaire écrit en 1548 et qui n’a pas pris une ride].

Mais attention, ce merveilleux temps de la retraite n’existe pas sous toutes les latitudes et là où il existe encore, les "maîtres" s’emploient à ce qu’il rétrécisse comme peau de chagrin...

Quant à ceux qui ici ou là s’accrochent à la réussite, qu’elle soit selon la droite, la"gauche" ou peut-être bientôt l’extrême droite ils auront, s’ils ont deux sous de bon sens, tout loisir de mesurer dans le décours de leur vie à quel point c’est une idéologie pernicieuse et mystificatrice qui est instillée aux enfants tel un venin social dès le plus jeune âge. Et ce au nom de "l’éducation"...

Lionel Cayet

"J’ai entendu la plainte des ouvriers, brisés par l’injustice de décisions qui les frappent motivées par le seul profit. Des employés, qui expriment, parfois dans la honte, leur souffrance au travail, celle des agriculteurs qui travaillent sans compter leurs heures pour des revenus de misère, celle des entrepreneurs qui se découragent faute de pouvoir accéder au crédit, celle des jeunes qui ne sont pas reconnus dans leurs droits, celle des retraités qui craignent, après les avoir conquis, de les perdre. Celle des créateurs qui se sentent négligés. Bref, la plainte de tous ceux pour lesquels nous luttons, nous les socialistes." François Hollande 22/01/2012


[1Stage accueilli par laMaison des syndicats de Créteil, initié par Sud éducation, la CNT éducation, L’Émancipation, le GFEN d’Ile-deFrance, Questions de classe(s) et la revue N’Autre école avec près de 300 participants. Version à consulter en ligne et/ou à commander sur http://www.cnt-f.org/nautreecole/.

[2Posté sur le site de questions de classes le 19 avril 2014.

[3discours du Bourget 22/01/ 2012 http://monennemicestlafinance.blogs... (extrait vidéo du discours : 31 secondes).

[4André Dupont dit Aguigui Mouna (1911-1999)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Aguigu... ;
http://www.dailymotion.com/video/xw...

[5aliénation : (philosophique) État de l’individu qui, par suite des conditions extérieures (économiques, politiques, religieuses) cesse de s’appartenir, est traité comme une chose, devient esclave des choses et des conquêtes mêmes de l’humanité qui se retournent contre lui.
désaliénation : (didactique) Fin, cessation de l’aliénation (mentale ou sociale).

[6voir note 2


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