Nyéléni ou Monsanto ?

Le contrôle du monde par l’agro-alimentaire
lundi 17 mars 2008
par  K.S.
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image : www.interpares.ca

[* "Je n’ai jamais vu une société qui ait une influence aussi déterminante et à un niveau aussi élevé sur les autorités gouvernementales en charge de la réglementation que Monsanto avec ses OGM." *]
 [1]

Le 11 mars, sur Arte, « Le monde selon Monsanto », documentaire de
Marie-Monique Robin [2] mettait l’accent sur les risques liés à l’ambition de cette multinationale des Etats-Unis d’Amérique. Née en 1901 à Saint-Louis dans le Missouri, et d’abord spécialisée dans l’industrie chimique, cette firme est devenue en un peu plus d’un siècle le leader mondial des biotechnologies, notamment sur le marché des organismes génétiquement modifiés (OGM). En détenant les brevets de la plupart des végétaux cultivés dans le monde, elle en arrive à devenir le premier semencier avec le pouvoir de contrôler la chaîne alimentaire toute entière.

Déjà, des agriculteurs de divers continents deviennent totalement dépendants et ne parviennent plus ni à nourrir leur famille et la population environnante, ni à rembourser leurs dettes. Certains, en Inde par exemple, se suicident.
Dans ses publicités, la firme de Saint-Louis promet une agriculture durable, aux rendements supérieurs, respectueuse de l’environnement. En fait, des études ont confirmé les problèmes d’atteinte de la biodiversité soulevés par les écologistes.

Le passé de Monsanto ne plaide guère en sa faveur : outre le Round Up, son herbicide "total" non biodégradable contrairement aux affirmations de la firme, on lui doit l’ Agent Orange, massivement déversé sur le Viêt-nam par l’armée américaine, les PCB (pyralène en France, interdit au début des années 80), l’aspartame ou les hormones de croissance (interdites en Europe et au Canada).

Le 8 mars étant la journée mondiale des femmes, signalons la lutte de celles qui se sont réunies lors des rencontres de Nyéléni.

Nyéléni, paysanne malienne dont l’existence a été transmise par la tradition orale africaine, agricultrice hors-pair, est devenue le symbole de l’engagement des femmes dans la vie sociale malienne. C’est aussi le nom choisi pour les rencontres du Forum Mondial sur la souveraineté alimentaire.

Via Campesina [3]
cite cette déclaration de février 2007 :

"Nous femmes en provenance de plus de 86 pays, de divers peuples autochtones, d’Afrique, des Amériques, d’Europe, d’Asie, d’Océanie et de divers secteurs et mouvements sociaux sommes réunies à Sélingué (Mali) dans le cadre de Nyéléni 2007 pour participer à la construction d’un nouveau droit : le droit à la souveraineté alimentaire. Nous réaffirmons notre volonté d’agir pour changer le monde capitaliste et patriarcal qui priorise les intérêts du marché avant le droit des personnes. Les femmes, créatrices historiques des connaissances en agriculture et en alimentation, qui continuent de produire jusqu’à 80 % des aliments dans les pays les plus pauvres et qui sont aujourd’hui les principales gardiennes de la biodiversité et des semences fermières, sont particulièrement affectées par les politiques néolibérales et sexistes.

Nous subissons les conséquences dramatiques de ces politiques : pauvreté, insuffisance de l’accès aux ressources, brevets sur le vivant, exode rural et migration forcée, guerre et toutes les formes de violences physiques et sexuelles. Les monocultures, dont celles consacrées aux agrocombustibles, ainsi que l’utilisation massive de produits chimiques et d’organismes génétiquement modifiés ont des effets négatifs sur l’environnement et sur la santé humaine, notamment sur la santé de la reproduction.

Le modèle industriel et les transnationales menacent l’existence de l’agriculture paysanne, de la pêche artisanale, du pastoralisme, ainsi que de la préparation artisanale et du petit commerce des aliments en milieu urbain et rural, secteurs où les femmes jouent un rôle important.

Nous voulons voir l’alimentation et l’agriculture sortir de l’OMC et des accords de libre échange. Plus encore, nous rejetons les institutions capitalistes et patriarcales qui conçoivent les aliments, l’eau, la terre, les connaissances des peuples et le corps des femmes comme une simple marchandise.

Inscrivant notre lutte dans celle pour l’égalité entre les sexes, nous ne voulons plus subir ni l’oppression des sociétés traditionnelles, ni celles des sociétés modernes, ni celles du marché. Nous voulons saisir cette opportunité de laisser derrière nous tous les préjugés sexistes et de développer une nouvelle vision du monde bâtie sur les principes de respect, d’égalité, de justice, de solidarité, de paix et de liberté.

Nous sommes mobilisées. Nous luttons pour l’accès à la terre, aux territoires, à l’eau et aux semences. Nous luttons pour l’accès au financement et aux équipements agricoles. Nous luttons pour de bonnes conditions de travail. Nous luttons pour l’accès à la formation et à l’information. Nous luttons pour notre autonomie et pour le droit de décider pour nous ¬mêmes, ainsi que de participer pleinement aux instances de prise de décision.

Sous l’œil de Nyéléni, femme d’Afrique qui a défié les règles discriminatoires, qui a brillé par sa créativité et ses performances agricoles, nous trouverons l’énergie pour la mise en œuvre du droit à la souveraineté alimentaire porteur de l’espoir de construire un autre monde. Cette énergie nous la puisons dans notre solidarité. Nous porterons ce message aux femmes du monde entier.

Nyéléni, 27 février 2007"

S.K.


[1(Jeremy Rifkin, essayiste)

[2« Le monde selon Monsanto » (France, 2007, 1h48mn)
Coproduction : ARTE France, Image et Compagnie, Productions Thalie, Office National du film du Canada, WDR.
Marie-Monique Robin est journaliste d’investigation, Prix Albert-Londres en 1995.
Un livre a été édité :
Le Monde selon Monsanto par Marie-Monique Robin, Arte Editions /La Découverte.

[3Via Campesina est un mouvement international qui coordonne des organisations de petits et moyens paysans, de travailleurs agricoles, de femmes rurales, de communautés indigènes d’Asie, des Amériques, d’Europe et d’Afrique. Ce réseau a vu le jour en 1993.
En France, la Confédération paysanne et le MODEF en sont membres.Via Campesina milite pour le droit à la souveraineté alimentaire et pour le respect des petits et moyens paysans.


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