Madeleine Vernet

dimanche 15 février 2015
par  K.S.
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Les Éditions du Monde libertaire rendent hommage, dans un petit format bien documenté de 70 pages, à Madeleine Vernet [1]. L’auteur, Hugues Lenoir, s’est particulièrement centré sur l’engagement de Madeleine Vernet dans l’éducation et l’égalité hommes-femmes.

Madeleine VERNET (de son véritable nom Madeleine CAVELIER) fut une éducatrice libertaire, propagandiste et militante pacifiste, mais aussi féministe et libre penseuse.

Elle naquit le 3 septembre 1878 au Houlme près de Rouen.

Ses parents étaient des petits commerçants, républicains et libres penseurs ; lorsque sa mère devenue veuve prend en charge des orphelines, Madeleine découvre la triste condition des enfants confiés à l’Assistance Publique. Elle dénonce alors dans des articles de la presse locale les abus dont sont victimes ces enfants, exploités et souvent maltraités par des familles qui touchent des indemnités. En représailles, les pupilles confiées à sa mère lui sont retirées, et elle-même doit choisir un nom de plume : ce sera Madeleine Vernet.

Toute jeune encore, elle tente, sans succès, de créer un orphelinat ouvrier géré par les coopératives de la région rouennaise. En 1904, elle vient à Paris, y travaille comme aide comptable, et rencontre les milieux anarchistes. Elle collabore alors au Libertaire et aux Temps nouveaux. Par ailleurs, elle entreprend une série de démarches auprès des syndicats, des coopératives, mais aussi de journalistes et de députés, afin de réaliser son projet de maison pour les orphelins de prolétaires. En fait, ce seront principalement, sa mère, sa sœur et son compagnon Louis Tribier qui la soutiendront – sa mère lui prête une somme assez importante sur ses économies – lui permettant d’ouvrir en 1906 « L’Avenir social » dans un petit pavillon de Neuilly-Plaisance (près de Paris). Un an plus tard, une trentaine d’enfants, garçons et filles, sont accueillis, et le pavillon devenu trop exigu est quitté en avril 1908 pour des locaux plus adaptés, à Epône (Seine et Oise).

Quelles sont les idées directrices de Madeleine Vernet en matière d’éducation ?

L’éducation prépare à une société libre et égalitaire. Il faut donc soustraire les enfants à l’influence des cléricaux et de la bourgeoisie car : « C’est à la classe ouvrière elle-même d’élever ses orphelins, pour que ces orphelins deviennent des individus capables de grossir le noyau des militants conscients qui forme, à l’heure actuelle, dans le prolétariat qui pense, la minorité agissante et réfléchie sur laquelle repose l’avenir du prolétariat tout entier. » Mais pour autant il ne s’agit pas de conditionner, d’endoctriner les enfants, au nom de quelque « isme » que ce soit. En souhaitant que « l’enfant grandi saura trouver lui-même sa voie sans que nous ayons eu à la lui déterminer. »

L’organisation de la vie des petits pensionnaires de L’Avenir social ressemble à bien des égards à celle mise en œuvre par Paul Robin à Cempuis, ou Sébastien Faure à La Ruche, sans oublier la référence à Francisco Ferrer. L’accent est mis sur la santé de ces petits citadins mal nourris et mal soignés. Matières scolaires entrecoupées d’activités physiques, de travaux pratiques, d’observation de la nature. L’entraide au lieu de la compétition, et bien évidemment la co-éducation, c’est-à-dire la mixité. Ce qui provoquera les attaques virulentes de la municipalité en place, du clergé local ainsi que de l’Inspecteur primaire de Mantes. En 1909, un procès, en plus d’une lourde amende, retire à Madeleine le droit d’enseigner. Cependant la structure résiste grâce aux soutiens financiers de syndicats, de coopératives et de divers groupes socialistes et anarchistes ; les enfants seront scolarisés à l’école publique non mixte, mais continueront à bénéficier en dehors des heures de classe de l’éducation d’esprit libertaire insufflé par Madeleine Vernet et son compagnon.

En mai 1914, "l’Avenir social" devient officiellement "l’Orphelinat du mouvement ouvrier français". En 1922, refusant d’adhérer au PC, Madeleine Vernet doit quitter l’Avenir social, la CGT devenue majoritairement communiste ayant repris la direction de l’établissement. De 1906 à cette date, l’Avenir social aura accueilli 500 enfants et fonctionnera jusqu’en 1938.

Mais Madeleine Vernet n’est pas seulement une éducatrice d’avant-garde. Elle mêlait pacifisme, féminisme et liberté de pensée.

En effet, elle assura une active propagande pacifiste pendant le 1er conflit mondial, recueillit à Épône le fils aîné de Marie et François Mayoux emprisonnés pour propagande antimilitariste, organisa un comité de défense d’Hélène Brion, institutrice qui avait été inculpée. Elle diffusa aussi une brochure clandestine, publia des poèmes et deux numéros d’une feuille pacifiste Les Voix qu’on étrangle, collabora à la revue de Sébastien Faure Ce qu’il faut dire, donna de multiples conférences, et n’échappa aux poursuites pour propagande défaitiste que par la signature de l’armistice.

Après la guerre, elle continua son action pacifiste et participa à la création de la « Ligue des femmes contre la guerre ». Elle fut en 1928 secrétaire générale du Comité international d’action et propagande pour la paix et le désarmement, dont l’organe était la Volonté de paix qu’elle avait fondé en 1927. La Volonté de Paix défendait la politique du désarmement et parut de juin 1927 à janvier 1936. Le journal fut interdit après le procès du gérant, son compagnon Louis Tribier, accusé de provocation de militaires à la désobéissance. En avril 1935, Madeleine Vernet fut élue au comité directeur de la Ligue internationale des combattants de la Paix (LICP).

Madeleine Vernet lie clairement la paix et la lutte pour l’égalité hommes-femmes. Pour elle, les mères, par leur éducation des enfants et leur refus de la guerre, ont un rôle essentiel à jouer dans l’établissement de la paix. Un de ses poèmes souligne le danger des jouets guerriers (voir « Aux mères », rubrique « Musique des mots »).
Sur le plan du féminisme, elle milite pour l’amour libre, considérant que le mariage ou l’union libre sans amour deviennent de la prostitution. « Mais l’amour libre ne peut être de l’immoralité puisqu’il est une loi naturelle ; le désir sexuel ne peut être une immoralité puisqu’il est un naturel besoin de notre vie physique. » Madeleine Vernet ne rejoint pas les néomalthusiens. Dans Les Temps Nouveaux, elle opposa au Droit à l’Avortement, le Droit à la Maternité [2]. Une autre façon de dire « un enfant si nous voulons, quand nous voudrons ». Reste que personnellement je ne puis me sentir en accord avec l’une de ses affirmations selon laquelle « La maternité est l’épanouissement de la femme. La mère est la femme dans sa plénitude de sa force et de sa grâce. » Il me semble que chaque individu, homme ou femme, peut chercher et trouver son épanouissement à sa propre façon.

Madeleine Vernet mourut le 5 octobre 1949 et fut inhumée au cimetière de Barentin (Seine-Inférieure).

Léonore


[1Hugues Lenoir, Madeleine Vernet, Éditions du Monde libertaire, mai 2014

[2numéro du 1er avril 1911


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