Fritz Oerter

Violence ou non-violence ? La folie très raisonnable d’un ouvrier syndicaliste libertaire
mercredi 25 février 2015
par  K.S.
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Ainsi commence la présentation par André Bernard de « Violence ou non-violence » de Fritz Oerter (1869-1935) [1] :
« Ce texte de Fritz Oerter est avant tout le témoignage d’une pensée innovante, inattendue de nous qui ne pratiquons pas la langue allemande ; ce document se révèle annonciateur, surtout si on pense à la période historique où il fut écrit. Précisons que nous sommes en 1920, en Allemagne, après la Grande Guerre, après les révolutions ouvrières et après la terrible répression qui a suivi. L’auteur, à notre surprise, développe une réflexion sur la non-violence − Gewaltlosigkeit −, ainsi nommée ; réflexion tant au niveau de l’esprit que de la pratique dont il énumère quelques propositions.

À notre connaissance, en France, à cette époque, aucun militant libertaire n’avait avancé de telles idées. Il faudra même attendre 1924 pour que Romain Rolland utilise le terme de « non-violence » dans un livre consacré à Gandhi. »

Plutôt que de paraphraser ce texte remarquable de clairvoyance quant aux résultats de la violence et des guerres, nous proposons ici des adresses utiles pour mieux connaître Fritz Oerter :

http://militants-anarchistes.info/s... et http://cerclelibertairejb33.free.fr...

Ainsi que des extraits :

« Les époques sont plus ou moins violentes, mais tous ceux qui ont exercé la violence se sont heurtés à une résistance. Dévorés par leur passion, ils ont accentué leur pression, tandis que, en face, évidemment, s’intensifiait de la même manière la résistance violente. Ce qui appelait un nouvel accroissement de la violence, l’autre côté réagissant promptement – jusqu’à l’épuisement des deux ennemis après des débordements et d’abominables exactions. Peut-être recommenceront-ils le même combat ultérieurement. C’est, en quelque sorte, un mouvement perpétuel, c’est-à-dire un mécanisme qui reproduit sa propre force motrice. » (p.14)

« Lors de la Grande Guerre, des deux côtés des millions et des millions d’hommes ont accepté d’utiliser les machines de la violence et les instruments de la mort, se blessant les uns les autres et s’entretuant. Des millions d’êtres pacifiques qui n’auraient jamais eu l’idée, de leur vie, de se faire du mal, se sont transformés, sur ordre des gouvernants, en brutes avides de sang et ont commis tellement d’actes effrayants et inimaginables. Pour quel résultat ? Les vaincus souffrent de leur défaite, les vainqueurs de leur victoire ; […] » (p.18)

« La violence ne joue pas son rôle seulement dans la politique extérieure, mais aussi dans la politique intérieure. Celui qui veut s’emparer du pouvoir politique se doit de vouloir et de construire, en quelque sorte, une forme de militarisme. Le pouvoir politique d’un État ne s’empare que par la violence et ne se tient que par la violence. Le centralisme et la violence sont par conséquent liés.

Le socialisme dans les divers pays européens avait aiguillé les travailleurs unilatéralement vers la lutte politique et construit ses organisations selon un modèle étatique, c’est-à-dire centraliste. Aussi ne faut-il pas vraiment s’étonner qu’en milieu ouvrier la foi en la violence soit toujours présente. » (p.19)

« Que la violence vienne d’en bas ou qu’elle vienne d’en haut, de toute façon sa victoire aboutira toujours à la même chose, à une dictature violente. » (p.21)

« L’usage des armes, l’exercice permanent du combat et l’insécurité conduisent à la longue les soldats, même les meilleurs d’entre eux, à un abrutissement et à un goût de la cruauté. […]
Il faut toujours penser que la balle du fusil d’un soldat rouge est aussi bête que la balle du fusil d’un soldat blanc. » (p.22)

« … celui qui voudra vraiment aller aux racines du grand mal de notre époque devra développer la force intérieure nécessaire à la désobéissance à une loi qui l’oblige à des actes opposés à sa conviction, à sa conscience et à sa libre volonté. » (p.24)
« Nous ne songeons donc pas à nous emparer du pouvoir politique puisqu’il ne servirait qu’à mettre en place un capitalisme d’État ou un socialisme d’État ; peu importe la dénomination de cette construction. » (p.25)

« Il est donc ridicule de dire que ceux qui, par la grève, refusent de travailler et de collaborer au capitalisme exercent également une violence. On dit que la grève générale, c’est aussi la contrainte et la violence. […] Si je me dérobe à la violence et à l’exploitation du privilégié à mon encontre, où est ma violence ? » (p.27)

« Puisque le socialisme signifie paix, non-violence, élan vers l’être humain et pour la justice, il ne peut être atteint par les moyens de la guerre. Et la lutte avec des instruments de la mort ne prépare pas à une vie équilibrée et paisible. Une telle lutte rend les êtres humains impropres à vivre collectivement dans le calme. » (p.30)


[1Fritz Oerter, Violence ou non-violence, Atelier de création libertaire, janvier 2015


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