« Fatras du Soi, fracas de l’Autre »

dimanche 6 septembre 2015
par  K.S.
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Il est souvent fait grief à la psychanalyse – et aux psychanalystes – de se placer, aujourd’hui, du côté de l’ordre moral, conservateur, patriarcal, etc…
Mon propos ne sera pas de débattre ici de cette perception de la psychanalyse, mais je renverrai cependant aux prises de position des membres du collectif des 39 contre la Nuit sécuritaire.

Je voudrais seulement inviter à la lecture jubilatoire d’un livre qui nous a été offert :
Stéphane Sangral « Fatras du Soi, fracas de l’Autre » (Ed.Galilée, 2015).

L’auteur est psychanalyste, et en matière de rébellion et de remise en questions des croyances, de l’ordre établi, des institutions – notamment religieuses et militaires – il n’a de leçons à recevoir de personne. C’est un livre foisonnant, qui alterne réflexions personnelles et petits dialogues avec des croyants et croyantes, des partisans d’une armée forte pour défendre des frontières solides, etc… On trouve dans ces pages une belle défense de l’individu et de l’individualisme, condition du « vivre ensemble », n’en déplaise aux adeptes du communautarisme, du repli identitaire et du tout collectif.
De temps en temps, Stéphane Sangral parle en poète, ou en psychanalyste, ce qui invite à lire sans a priori…

Quelques citations :

« La tradition, c’est, imitant ses parents pour jouer à l’adulte, oublier de devenir adulte. » (p.43)

« On est souvent de son étiquette politique ou sociale ou religieuse ou tribale ou locale ou nationale ou raciale ou etc… comme l’on est Montaigu ou Capulet, Shakespeare en moins. » (p.57)

« La raison d’État est-elle autre chose qu’un état de déraison ? » (p.94)

« Qu’il est difficile de voir tant de petits garçons jouer à la guerre, y prendre tant de plaisir, et de les voir poursuivre ce jeu une fois adultes, y prendre tout autant de plaisir – et de voir les représentations communes camoufler ce plaisir sous le mot devoir, et de voir chacun faire semblant de ne pas repérer ce grossier camouflage pour camoufler sa propre facilité à associer meurtre et plaisir -, qu’il est difficile de voir la vocation pour l’enfer se mettre en place si tôt… » (p.105)

« Deux armées ennemies : deux troupeaux se transformant eux-mêmes en deux abattoirs : optimisation de la chaîne des aliments de fierté nationale. » (p.75)

« Quand seuls les déserteurs seront reconnus comme héros militaires, alors le monde aura avancé, aura roulé un peu plus loin sur la route de la conscience. » (p.91)

« Toute guerre entre plusieurs groupes identitaires n’est qu’illusoire, la guerre réelle ne se déroulant toujours qu’entre l’existence des individus qui constituent ces groupes et l’existence de ces groupes, guerre totalement inégale où l’on sait d’avance que, malgré le nombre écrasant des individus, c’est la puissance symbolique des groupes identitaires qui écrasera tout, où l’on sait d’avance que seule l’existence des individus sera mutilée ou annihilée, l’existence des groupes identitaires s’en tirant chaque fois sans aucune blessure, voire souvent revigorée,
Où l’on sait d’avance qu’entre l’illusoire de l’identitaire et le réel de l’individu, l’illusoire, n’ayant rien à perdre et n’ayant pas de limite et ayant plus de splendeur, n’aura pas l’ombre d’une difficulté à l’emporter sur le réel… (p.78)

« Respecter une religion, à l’ère de l’anthropologie, de la sociologie, de la scientificité de l’Histoire, de la psychologie, de la biologie et de la physique, est une forme d’inculture, ou du moins un irrespect envers la culture. Et respecter aveuglement une culture donnée, à l’ère de la visibilité mutuelle de toutes les cultures, revient à respecter (c’est-à-dire à cautionner et s’y soumettre) l’infâme sceau identitaire avec lequel les représentations collectives se sont permis d’abîmer la chair de nos êtres singuliers. » (p.140)

« La religion, réglant par quelques dogmes la profondeur des choses, oblige à ne toucher, et même à ne penser, que leur superficialité… » (p.140)

« Le plus raisonnable serait que les couples humains-dieux se séparent définitivement. Et le plus juste serait que les dieux, responsables non pas de tout mais des violentes difficultés (voire catastrophes) sociales que génère la foi, purgent une peine à perpétuité dans la prison du néant. » (p.142)

« Que vaut, pour étancher notre soif de poésie, le pauvre arrière-monde de la seule dimension mystique à côté du supramonde infiniment riche qui jaillit, chaque fois différent, de toutes les dimensions cognitives… » (p.143)


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